La dysfonction myocardique lors du sepsis : la recherche du Dr Thomas FRAPARD
Le sepsis représente 10 % des admissions en réanimation. Dans les formes les plus sévères, la mortalité atteint 30 %. Et pour certains patients victimes de choc septique le cœur cède.
C'est précisément à cette complication que s'attaque le Dr Thomas FRAPARD, médecin réanimateur au CHU de Grenoble et lauréat d'une bourse de recherche du Fonds 101. Depuis plusieurs années, il cherche à comprendre pourquoi, chez certains patients en sepsis, le cœur cesse de bien fonctionner et comment y remédier.
Une complication mortelle de l’infection
Lorsqu'un patient arrive en réanimation pour un sepsis, les soignants lui expliquent qu'il a une infection grave, et que son corps, en réagissant contre elle, produit tant d'inflammation que ses organes en souffrent. Parmi ces organes : le cœur.
Entre 15 et 30 % des patients en sepsis développent ce que l'on appelle une dysfonction cardiaque associée au sepsis. Leur cœur, au lieu de se contracter fortement pour compenser la chute de pression artérielle, ralentit, s'affaiblit, parfois s'arrête presque. Pour les cas les plus sévères, les équipes médicales doivent recourir à des machines qui font circuler le sang à la place du cœur, le temps que la tempête passe.
Car la bonne nouvelle, c'est que ça passe. En quelques jours, si l'infection est maîtrisée, la fonction cardiaque se restaure. C'est une mise en veille forcée qui peut être mortelle si elle n'est pas soutenue.
Une piste sérieuse : l'interleukine-6
En dosant le sang de patients ayant développé cette dysfonction, le Dr Thomas FRAPARD a constaté des taux très élevés de molécules inflammatoires, les cytokines et en particulier l'interleukine-6. Plus intrigant encore : lorsqu'on retire cette molécule du sérum de patients en dysfonction cardiaque et qu'on met ce sérum sur des cellules cardiaques en culture, elles se remettent à se contracter normalement. Preuve qu'il y a bien quelque chose dans le sang qui paralyse le cœur et que l'interleukine-6 y joue un rôle central.
Ce travail préliminaire a fait l'objet d'une méta-analyse publiée début 2026, qui a poolé l'ensemble des études disponibles sur le lien entre cytokines et dysfonction cardiaque du sepsis. Conclusion : le signal est très fort en modèle cellulaire, mais les données sur l'animal n'étaient pas assez robustes. Il fallait aller plus loin.
Un modèle d'infection calibré pour trancher
C'est là qu'intervient le financement du Fonds 101. Grâce à la bourse obtenue, l'équipe du Dr FRAPARD a mis au point un modèle d'infection calibré qui produit, de façon constante et reproductible, une dysfonction cardiaque six heures plus tard. Les chercheurs mesurent ensuite la contractilité cardiaque par échographie et analyse informatisée image par image, capable de détecter des variations invisibles à l'œil nu.
Résultat : lorsqu'on administre des anticorps bloquant l'interleukine-6, la fonction cardiaque se restaure progressivement. Plus la dose est élevée, meilleure est la récupération. C'est cohérent avec la littérature, et c'est peut-être le chaînon manquant entre ce qu'on observe en culture cellulaire et ce qu'on mesure chez les patients.
Comprendre pourquoi, pour traiter mieux
Démontrer une association ne suffit pas. Pour convaincre la communauté scientifique et ouvrir la voie à un essai clinique il faut raconter la chaîne d'événements : comment l'interleukine-6 agit sur le cœur, étape par étape.
L'équipe travaille aujourd'hui sur plusieurs fronts. Des analyses de séquençage haut débit comparent l'expression des gènes dans les cœurs traités et non traités : les voies inflammatoires sont nettement moins actives dans les cœurs qui ont reçu l'anticorps. En parallèle, des observations au microscope cherchent à identifier si des cellules immunitaires infiltrent le tissu cardiaque et contribuent à son dysfonctionnement et si leur présence diminue avec le traitement.
C'est ce travail mécanistique, minutieux et indispensable, que le Fonds 101 contribue à financer.
Un traitement qui existe déjà
Ce qui rend cette recherche particulièrement prometteuse, c'est que le médicament potentiel existe déjà. Les anticorps ciblant l'interleukine-6 sont utilisés en soins intensifs depuis la pandémie de Covid-19, dans des indications voisines. Leur profil de sécurité en réanimation est connu. Il ne s'agit donc pas de développer une molécule nouvelle, mais de repositionner un traitement existant vers une nouvelle indication.
La bourse de recherche du Dr Thomas FRAPARD est financée par le Fonds 101 et la SRLF.
