une reconstruction par la parole pour les anciens patients de réanimation

Le 2 septembre 2024, trois personnes se retrouvent au Centre hospitalier du Mans, réunies autour d'une idée : parler, ensemble, de ce qu’elles ont traversé en réanimation. Ce soir-là, “Paroles en réa” prenait son premier souffle.

Depuis, le groupe a fait du chemin. Quatorze rencontres, plus de cent inscriptions de patients et de familles, une participation qui se stabilise autour de trois séances en moyenne par personne. Ce qui devait être une initiative locale est devenue une “grande aventure” pour Muriel DUJARRIER, psychologue au Mans et porteuse du projet.

Un projet écrit dans le vécu

Ce qui distingue “Paroles en réa” d'un simple groupe de soutien classique, c'est la place centrale accordée à ceux qui ont eux-mêmes traversé l'expérience. Dès la conception du projet, Muriel DUJARRIER a associé deux patients partenaires, anciens patients du service, à la construction et à l'animation des séances.

Sarah, patiente ressource, raconte ce que ce rôle lui apporte : “Je me sens utile. J'apporte du bien, et moi ça me fait du bien aussi. J'ai besoin tous les mois de venir. Si j'avais eu ce groupe à ma sortie, j'aurais gagné un temps énorme. J'aurais peut-être pu me reconstruire psychologiquement et physiquement plus vite.”

Pourquoi un groupe de parole en post-réanimation ?

La réanimation est une épreuve traumatisante pour le patient mais également pour ses proches. Pourtant à la sortie de l’hôpital les aides sont limitées et les groupes de soutien inexistants.

Bernard, ancien patient et aujourd'hui patient ressource au sein du groupe, le verbalise ainsi : “Une fois qu'on a quitté la réa, on retombe dans la société où il faut se battre pour avoir le droit à des choses. La réa, c'est un cocon. Quand on en sort, c'est autre chose.”

C'est précisément dans cet espace de vulnérabilité que “Paroles en réa” cherche à s'inscrire, afin de combler un manque et offrir un lieu de transition, de sens et de rencontre.

“Paroles en réa” est aussi un laboratoire d'outils. À partir des éléments qui émergent des échanges, l'équipe a créé des supports informatifs à destination des patients et des familles. Ils sont disponibles dans les salles d'attente du service.

Au fil des mois, le groupe s'est ouvert aux soignants du service : médecins, kinésithérapeutes, infirmières, aides-soignants. Certaines séances sont organisées autour d'une thématique annoncée à l'avance, comme la réorientation professionnelle ou l'activité physique adaptée. Une soignante formée à l'aromathérapie y est venue partager son approche. Ce mouvement d'ouverture souligne quelque chose d'essentiel : la reconstruction après la réanimation ne concerne pas seulement les patients. Elle interroge et enrichit toute une communauté de soins.

Une reconnaissance qui dépasse les murs du service

En septembre 2025, “Paroles en réa” a reçu le trophée coup de cœur du Challenge Patient de la Haute Autorité de Santé et de l'Institut français de l'expérience patient. Une distinction qui a donné au projet un écho plus large et encouragé l'équipe à présenter son bilan à la Commission des usagers du Centre hospitalier du Mans, afin que cette démarche puisse inspirer d'autres secteurs de l'hôpital.

Ce rayonnement au-delà du groupe lui-même est l'une des dimensions les plus significatives du projet. Les outils créés circulent dans les couloirs, les salles d'attente, les services. Ce qui avait commencé entre trois personnes autour d'une table touche désormais, par ricochet, l'ensemble d'une institution.

un soutien essentiel

« Paroles en réa » est l’une des huit initiatives soutenues en 2024 par le Fonds 101 dans le cadre de l’appel à projet des Groupes Mercier. La dotation est de 10 000 euros par an, versés en une fois, et renouvelable 2 fois pour une durée totale de 3 ans par projet. L’enjeu associé était de faire émerger des espaces où la parole circule, où les patients et leurs proches ne se retrouvent plus seuls face à l’après, et où les équipes soignantes peuvent enrichir leur démarche de soins.

Pour Muriel DUJARRIER : “L'appel à projets du Fonds 101 était tombé vraiment à point nommé. Ça nous a donné les moyens de financer un espace qui est extrêmement apprécié. Et quelque part, la confiance aussi pour nous lancer dans d'autres projets.”

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