mieux comprendre l'accélération du déclin cognitif post sepsis : zoom sur le projet LOTECO
Survivre au sepsis. Pour des centaines de milliers de patients, c'est déjà un combat immense. En France, cette infection sévère touche environ 200 000 personnes chaque année et tue 50 à 60 000 d'entre elles. Mais pour ceux qui s'en sortent, le combat ne s'arrête pas aux portes de la réanimation. C'est ce que le Dr Jérémie JOFFRE a choisi de mettre au cœur de sa recherche.
Quand guérir ne suffit pas
Sortir vivant d'une réanimation pour sepsis, c'est avoir surmonté quelque chose d'extraordinairement violent. Mais environ 50 % des patients qui ont bénéficié d'une prise en charge lourde et invasive gardent des séquelles au-delà d'un an : faiblesse musculaire, troubles respiratoires, difficultés cognitives, troubles de l'humeur. Ce syndrome post-réanimation touche particulièrement les plus âgés, dont le corps et le cerveau avaient déjà moins de réserves avant l'hospitalisation.
Chez une partie des patients, notamment les plus âgés ou ceux en phase précoce de démence, le sepsis semble accélérer l'apparition de troubles cognitifs parfois plusieurs années après la guérison apparente.
Comprendre ce qui se passe dans le cerveau longtemps après
Lauréat d'une bourse de recherche fondamentale du Fonds 101 en partenariat avec la SRLF, le Dr Jérémie JOFFRE dirige au sein de l'unité INSERM un projet ambitieux : comprendre les mécanismes biologiques qui relient une infection aiguë sévère à un déclin cognitif durable.
L'hypothèse centrale est celle de la neuroinflammation. Même lorsque l'infection est résolue et que le patient semble rétabli, une inflammation de bas grade pourrait persister dans le cerveau - silencieuse, lente, mais destructrice - et rejoindre les mécanismes connus des maladies neurodégénératives comme Alzheimer.
Pour explorer cette piste, l'équipe travaille sur des modèles murins afin de simuler les patients les plus à risque. Ces animaux sont suivis sur le long terme après l'induction d'un sepsis, permettant d'observer l'évolution de leur fonction cognitive et les transformations de leur environnement cérébral à différents stades.
Des résultats qui ouvrent de nouvelles portes
Côté résultats attendus : chez les souris prédisposées aux démences, le sepsis précipite et aggrave l'apparition de la maladie, avec une accélération des dépôts de protéine Tau, marqueur connu de neurodégénérescence.
Côté résultats inattendus : même chez des souris saines, le sepsis entraîne une neuroinflammation qui persiste jusqu'à six mois après la guérison apparente, associée à des altérations de la mémoire, de l'apprentissage et du comportement. Ces résultats, robustes et reproductibles, constituent désormais un modèle fiable pour tester de futures stratégies thérapeutiques.
Autre découverte notable : l'inflammation cérébrale se déclencherait en partie depuis les méninges où des cellules immunitaires migrent vers le tissu cérébral dès la phase aiguë du sepsis. Un mécanisme jusqu'alors inconnu dans ce contexte, qui ouvre des pistes nouvelles pour intervenir très tôt et peut-être prévenir la cascade inflammatoire à long terme.
En parallèle, une bio-collection de liquide céphalorachidien prélevé chez des patients en réanimation permet de croiser ces observations avec la réalité humaine - une approche dite translationnelle, au plus près du soin.
Un projet qui ne s'arrête pas aux frontières du cerveau
Le syndrome post-sepsis touche tout le corps. C'est pourquoi le Dr Jérémie JOFFRE partage systématiquement ses prélèvements avec d'autres équipes de recherche, notamment celle de l'Université de Copenhague, qui travaille sur les conséquences cardiaques et musculaires à long terme du sepsis. Une science ouverte, collaborative, qui fait avancer plusieurs fronts à la fois.
Ce que votre soutien a rendu possible
Sans la bourse du Fonds 101, ce projet n'aurait tout simplement pas démarré. Ce premier soutien a été le déclencheur - il a permis de générer les résultats qui ont ensuite ouvert la porte à des financements complémentaires. Dans un domaine encore largement sous-financé comme la réanimation, c'est exactement là que vos dons font la différence.
