ESPOIR : Retrouver le goût, la parole, les rencontres après la réanimation
Il y a deux ans, une équipe pluriprofessionnelle du CHU de Tours a eu une idée simple et révolutionnaire à la fois : réunir d'anciens patients de réanimation et leurs proches pour qu'ils parlent, entre eux et avec leurs soignants, de ce qu'ils ont vécu. Les groupes ESPOIR - Entraide et Soutien pour les Patients et leurs prOches après un séjour en médecine Intensive Réanimation - étaient nés.
Un projet pionnier
À sa création, le groupe ESPOIR ne s'appuyait sur aucun modèle existant. Chaque groupe, fermé, réunit ses participants sur trois sessions de deux heures, espacées d'une quinzaine de jours.
La première session est consacrée au vécu de la réanimation, la deuxième à l'après, et la troisième prend la forme d'une visite du service, avec présentation du matériel et un temps de questions-réponses. Chaque groupe est coanimé par Justine Arnaud, psychologue, un infirmier ou une infirmière, un médecin, et une aide-soignante.
Ce qui se passe dans la salle
Dans les groupes ESPOIR, les soignants arrivent sans blouse pour entrer dans une rencontre humaine avant tout, une intimité différente de celle de la chambre d'hôpital. Les patients posent des questions personnelles.
Ce que les sessions ont mis en lumière dépasse ce que l'équipe espérait recueillir. Un nuage de mots constitué à partir des thématiques récurrentes a fait apparaître des éléments attendus - le traumatisme, le bruit, l'importance de l'accompagnement soignant, l'ouverture 24h/24, le journal de bord - mais aussi des rencontres inattendues, des angles non anticipés. Le groupe ESPOIR casse les idées reçues.
Ce que disent ceux qui l'ont vécu
Pour Matthieu, participer permet de rester ancré dans quelque chose de positif, et surtout de ne pas se sentir seul. Bruno, lui, participe depuis cinq ans. Ce qui le fait revenir, c'est le sentiment d'appartenir à un réseau dont les participants se retrouvent autour d’un vécu commun. Pascal, dont la réanimation n'a laissé aucun souvenir conscient, évoque une deuxième naissance, et une capacité nouvelle à s'émerveiller.
Ce que les trois retiennent de l'atelier cuisine organisé cette année ? Une émotion, pas une recette.
L'atelier cuisine : reprendre goût, reprendre confiance
En marge des sessions de parole, les groupes ESPOIR proposent chaque année un atelier à médiation sensorielle. L'an passé, c'était un atelier avec une artiste autour de la notion de racine. Cette année, place à la cuisine.
Frédéric Glot, chef intervenant, a animé trois mini-ateliers autour des épices, de la préparation d'une marinade et de l'assaisonnement, avant un temps de convivialité partagé. Pour lui, l'enjeu n'était pas culinaire : c'était de la transmission. Redonner confiance, pour que reprendre goût suive naturellement.
Pour Laetitia Bodet-Contentin, cet atelier touche à quelque chose de fondamental dans le parcours post-réanimation. Les patients ont souvent perdu du poids, perdu le goût, perdu le rapport à la convivialité alimentaire. Ils réapprennent à marcher, à écrire - il faut aussi leur permettre de réapprendre à savourer.
Un soutien essentiel
Les groupes ESPOIR font partie des projets soutenus par le Fonds 101 dans le cadre de l'appel à projets des Groupes Mercier. La dotation est de 10 000 euros par an, renouvelable deux fois, pour une durée totale de trois ans par projet.
Merci d'avoir rendu cela possible grâce à vos dons.
